mercredi 16 juillet 2014

Musique, bouffe, cartes et fous rires

             Je me réveille tôt, au son du vent qui commence à se faire sentir menaçant. Celui-ci ayant changé de direction au cours de la nuit, ma tente n’est plus dans la bonne direction et les murs de toile se font pousser d’un côté puis de l’autre. Je jette un coup d’œil à l’extérieur, les nuages me font craindre la venue d’un orage… Je décide d’abord de solidifier ma tente avec une corde attaché à un poteau, mais comme le vent ne fait qu’augmenter en intensité, je juge finalement plus sûr de tout serrer rapidement dans mes sacs et de ramasser ma tente en prenant soin de ne pas en perdre un seul morceau au vent. Je vais voir mon compagnon cycliste pour m’assurer que tout est sous contrôle de son côté, il est décidé à plier bagages et à affronter le vent. Quant à moi, j'hésite, je vais plutôt me réfugier avec l’ensemble de mes biens dans les toilettes du camping, qui sont d’ailleurs d’une propreté surprenante, en attendant de voir si le vent se calmera. Il fait beaucoup plus chaud à l’intérieur et je suis vite rejointe par une autre cycliste que je n’avais pas encore rencontrée : Amy, la seule autre fille cycliste voyageant solo que j’aie rencontrée du voyage.

             Il n’en fallait pas plus pour qu’on tourne cette journée trop venteuse pour oser prendre la route en une vraie rigolade, en grande partie passée dans les toilettes. On ne pouvait demander mieux : on était protégées du vent et du froid, on avait les toilettes et les douches, de l’eau et de l’électricité à porter de main et même internet(!!). Après avoir fait cuire notre déjeuner à l’intérieur, on se fait inviter par un couple de Québécois à se joindre à eux dans leur campeur pour un café. Rien de mieux qu’un peu de social pour laisser passer ces rafales de vents allant jusqu’à 45 mph (72 km/h!!!). Puis après plusieurs heures de fous rires dans les toilettes, à échanger précieux conseils et anecdotes de voyage, on finit par décider d’aller faire un tour au bureau à l’accueil pour jeter un coup d’œil sur leur petite exposition… mais surtout pour aller voir s'ils ont un peu de nourriture à vendre. Le choix est limité, mais on a le luxe d'une crème glacée et d'un sac de chips. On finit par revenir se faire à souper (dans les toilettes bien sûr!) avec nos restants: ce sera des pâtes avec du thon et un avocat. Faut bien être deux cyclistes affamées pour trouver que ce repas de pâtes sans sauce et aux allures verdâtres est un vrai délice! Heureusement le vent s’est calmé avant que vienne le temps de réinstaller les tentes.

            Non mais quand même, passer deux nuits dans un parc où il est possible d’aller observer dans les canyons certains des plus anciens pictogrammes amérindiens pour finalement passer la journée dans les toilettes! Vous pouvez certainement faire mieux! Je crois cependant que vous aurez de la difficulté à rire autant que nous! Une chose est sure, je lève mon chapeau aux Parcs d’État du Texas qui ont souvent des blocs sanitaires impeccables en plus d’avoir de très beaux parcs!


            Dommage que je sois si fatiguée, cette nuit est spéciale avec son éclipse lunaire. J’y jette un coup d’œil vers les 4h du matin, mais elle n’est que partielle.

Amy dans notre "cuisine" ultra-moderne! On avait même de la musique! ;)

Seminole Canyon State Park

La lune à 4h du matin

            Au matin, Amy poursuit sa route vers l’Ouest et moi vers l’Est, donc c’est ici que se termine notre intense rattrapage de socialisation! On se souhaite bon voyage, ce soir 250 km seront entre nous.


Les deux seules filles en solo de tout le Southern Tier qui se font le relais
presqu'à mi-chemin pour aller chacune conquérir l'autre moitié du pays!

Seminole Canyon State Park

           Le départ aura été plus tard que prévu, vers 8h45, alors que je me suis rendormie en entendant la pluie vers 6h ce matin. Journée difficile, avec beaucoup de ups and downs au rythme des canyons, un accotement souvent fait de roches compactées qui me fait perdre quelques km/h et un petit vent de face pour rendre le défi encore plus grand. Le village de Dryden est aussi mort qu'une ville fantôme, ce qui fait qu'il n'y a rien pendant 60 miles (96 km). Je décide que ça sera suffisant pour aujourd'hui et pense camper à Langtry, mais le village s'avère finalement peu accueillant et le seul dépanneur du village ne possède que quelques boîtes de conserve et breuvages à vendre. Je dévalise donc la moitié de leurs provisions de chocolat (soit seulement deux barres, probablement payées chacune plus de 2$) et amorce lentement ma procession jusqu'au prochain State Park, 20 miles plus loin. Je commence à manquer d'énergie, j'arrête à quelques reprises dont à une aire de repos où un agent de la patrouille frontalière vient discuter avec moi un moment. J'arrive finalement épuisée au Seminole Canyon State Park, juste un peu avant le coucher du soleil, après un peu plus de 130 km passablement exigeants. J'y retrouve Andy, le cycliste de la veille qui est arrivé juste un peu plus tôt. Je prépare mon campement, prends une douche, puis vais jaser avec lui pendant qu'on soupe. Les autres cyclistes se sont fait rares depuis le début du voyage, alors c'est plaisant d'échanger un peu sur nos différents voyages avant de faire la vaisselle à la lampe de poche et de profiter d'un repos bien mérité.

PS. Aujourd'hui, en haut d'une de ces nombreuses côtes, se trouvait un camionneur en train de changer une crevaison sur son semi-remorque. J'ai bien eu envie de lui offrir ma pompe à vélo pour rire un peu, mais je me suis contentée d'un petit mot d'encouragement et d'un sourire en remerciant mon ange gardien de ne pas avoir été à côté du camion lorsque son pneu est parti en morceau juste un peu plus tôt. 


Trouvez l'erreur : un troupeau de vaches qui broutent paisiblement
de chaque côté de la route, qu'ils traversent comme bon leur semble...

Je suis impressionnée par le paysage de ce 130 km particulièrement éprouvant.

Un canyon qui m'aura fait oublier ma fatigue pendant un instant 

La vue de l'arrivée. Encore une fois, je suis impressionnée!



vendredi 11 juillet 2014

Pourquoi monter la montagne si on peut la contourner?

          Je suis la route 90 jusqu'à Van Horn en cette longue et particulièrement chaude journée de 140 km. On y trouve des motels très corrects pour 25$, soit pas plus que le coût d'une nuit au camping à la sortie de la ville. Le choix est donc facile pour ce soir: ce sera un lit et une vraie serviette pour la douche!

        Je décide de suivre les conseils d'un cycliste que j'ai croisé la veille et entreprends le lendemain le contournement de la montagne que mes cartes me suggèrent de monter. Je juge que j'ai travaillé assez fort jusqu'à maintenant pour m'éviter de monter celle-ci en plus. Le paysage des 120 km me menant à Marfa et à ses lumières mystérieuses et inexpliquées sont assez ennuyeux, mais ont l'avantage important d'avoir un dénivelé presque neutre. À mon départ, je me fais courir après par deux chiens pour la première fois du voyage, mais je suis sauvée pas un gros camion qui arrive au bon moment et les effraient avec son klaxon. J'envoie la main au chauffeur et poursuis ma route sans ennui. 

         Les 90 km suivants me mènent à Marathon et sont marqués par ma rencontre avec Oscar, qui s'occupe des aires de repos, et par un souper en l'agréable compagnie d'un couple d'Anglais, Ann et Steve. Un excellent hamburger pour faire changement du thon et des salades des derniers temps!

           Puis une autre relativement petite journée d'un peu plus de 90 km me mène à Sanderson, où je décide de passer la nuit. J'y discute un moment avec un groupe à moto et refuse catégoriquement l'offre d'un trucker un peu insistant de dormir dans le deuxième lit dans son camion. Du moins, c'est ce qu'il a dit... Je rencontre aussi brièvement Andy, un cycliste qui fait une section du trajet, dans la même direction que moi. Peut-être se croisera-t-on au cours de la journée demain? Et maintenant, une bonne nuit de repos!
        


Un exemple d'irrigation permettant un de ces champs d'un vert surprenant.

Il fait chaud!




mercredi 9 juillet 2014

Journée de repos

       Après cette dernière journée de 135 km pour me rendre au Texas, je n'ai certainement pas envie d'établir des records de distance aujourd'hui. Je m'en tiens donc qu'à environ 50 km et m'arrête à ce camping qui s'avère finalement plutôt accueillant. En plus, on m'y laisse camper gratuitement! J'en profite pour passer quelques coups de fil au Québec et mettre mon journal de voyage à jour. Une bonne nuit de sommeil ne fera pas de tort!

C'est-tu pas accueillant ça?

Il ne manque plus qu'un saloon dans le silence de ce matin venteux
pour se croire dans un bon vieux film western avec ces boules (appelés tumbleweeds)
qui roulent au travers de la chaussée à tout moment.

Premiers coups de pédales au Texas

          Longue journée en perspective qui commence avec rien de moins que trois trous à réparer sur la même chambre à air! Je quitte mes sympathiques hôtes de la veille vers le milieu de l'avant-midi et rencontre assez rapidement un gentil cycliste qui, en plus de me suggérer un meilleur itinéraire pour contourner la ville, se joint à moi et m'invite à aller manger, avec lui et sa femme, le meilleur fajitas en ville! Voilà qui me donne pleins d'énergie pour tenter de faire les 80 miles me séparant du prochain camping. Le vent est avec moi pour une bonne partie de la journée et j'entre finalement au Texas. Je choisi de contourner El Paso plutôt que d'y entrer et me retrouve avec la deuxième crevaison de la journée en plein autoroute... Je prends la première sortie afin de réparer le tout à une distance raisonnable des autos, puis reprends la route pour les quelques miles restants pour arriver au camping. J'arrive tard, ce qui ne les empêche pas de me charger plein prix. Je me dépêche à installer ma tente et faire mon lavage pour profiter d'une petite demi heure dans le Spa avant qu'il ferme pour la nuit. Aussi bien en profiter tant qu'à payer 30$ pour un site avec le sol tellement dur qu'il m'est impossible d'utiliser correctement mes piquets de tente! Longue journée!

Un des nombreux champs de pacanes vus au passage

David avec qui j'ai eu la chance de pédaler pendant une trentaine de km.

Burritos, fajitas, vous trouverez ici de quoi remplir
votre estomac de cycliste affamé! Et tout est excellent! 
Un clin d'oeil à mon amie Cath! 

Ça y est, deux états plus tard, me voilà au Texas! 

Vision d'horreur pour cyclistes... Imaginez avoir une crevaison là-dessus!


Bien heureuse d'être au camping plutôt que sur ces routes aux allures futuristes!

The traveling doctor

        Mon passage à Radium Springs a été marqué par l'appréhension d'une possible tornade, peur qui s'est finalement avérée non fondée. Cela m'a cependant amené à faire de belles rencontres et à me faire offrir une place où rester pour la nuit. Comment aurais-je pu prévoir en me levant ce matin-là que, de fil en aiguille (et vous verrez comme le mot est bien choisi), je terminerais ma journée en vaccinant 6 chiots!? Vive l'aventure!

Avec un nom de ville comme ça, ça méritait une photo 
Sur la route...

Ceux qui ont l'air les plus "tough" sont souvent les plus impressionnés!

Preuve à l'appui!

Le docteur rendu fou par cet ancien hôtel et prison, apparemment hanté...

Le couple qui m'a reçue comme une reine en cette soirée complètement inattendue!