samedi 16 août 2014

J'ai traversé les USA à vélo...

               L'aventure du Southern Tier tire à sa fin et c'est avec bonheur que je vois arriver au camping, un après l'autre, les deux cyclistes que j'ai croisés de temps à autre durant le trajet. Voilà qui boucle la boucle et on se réunit donc pour souper et se met à jour quant aux différentes anecdotes. Un d'eux a été moins chanceux et voyage maintenant plus léger, avec des pôles de tente et un porte-feuille en moins...

               Le lendemain on part chacun à notre rythme, mais on se retrouve pendant la journée et on fait un bout de chemin les trois ensembles pour la première fois du voyage. On s'arrête en milieu d'après-midi pour une crème glacée bien méritée, puis on met nos trois tentes sur un même site de camping afin de nous faire épargner quelques dollars. Pour demain, nous avons chacun un plan différent, menant à des villes différentes et en des temps différents. 

              Cependant, comme le temps me manque finalement en cette dernière journée avant d'atteindre la côte et que je tiens à toucher à l'océan la journée-même, je modifie mon itinéraire et me rend plutôt à Jacksonville. La ville est très grande et quelques heures sont nécessaires pour la traverser et me rendre jusqu'à la plage. Me croyant déjà arrivée, les 16 miles supplémentaires pour me rendre du centre-ville jusqu'à l'océan sont particulièrement exigeants, d'autant plus qu'il faut avoir des yeux tout le tour de la tête dans ce traffic incroyable et ses autos qui n'hésiteraient pas à me couper pour sauver quelques secondes. Le bonheur de compléter cette partie du voyage me fait cependant oublier ma fatigue et les 156 km de cette longue journée et c'est avec beaucoup de fierté que je pédale sur la plage jusqu'au grand quai que je vois un peu plus loin.  J'ai finalement la chance de partager cette soirée spéciale avec un autre cycliste et l'ami de ce dernier. Quoi de mieux que de partager un tel moment avec quelqu'un qui l'a aussi vécu! Je me couche tout de même tôt, cette longue journée m'a épuisée! Et puis... bien que je prévois quelques jours de repos, mon aventure n'est pas encore tout à fait terminée, plusieurs km attendent encore d'être ajoutés au compteur!

3000 miles / 4800 km

À quelques heures de réaliser un grand accomplissement 
Jacksonville

Enfin l'Océan Atlantique...

Une petite promenade sur la plage

Et une bonne dose de fierté

Eau, crème solaire et crème glacée

La mi-mai est marquée par quelques très chaudes journées:

1. Une pendant laquelle je passe par Pensacola et dois faire un détour dû à une route abîmée par une tempête que j'ai heureusement évitée. J'hérite de deux coups de soleil, un sur chaque cuisse, après avoir changé mes cuissards pour des plus courts.

2. Une de 140 km se terminant, une fois bien chargée d'épicerie, par une dernière côte suffisamment à pic pour me retirer mes derniers brins d'énergie.

3. Une troisième me faisant passer par un petit village ne semblant pas très sécuritaire et marquée par un changement de plan stratégique: une nuit au un môtel. Voilà qui m'évitera une nuit à la pluie et qui, surtout, me permettra d'écouter la 7e partie des Canadiens contre Boston, remportée par Montréal.

Des maisons, il y en a pour tous les goûts!

Et puis enfin la Floride!

                 Je célèbre mon arrivée en Floride par une courte journée de vélo et quelques arrêts à la plage. Faut dire que les dernières journées ont été assez longues et exigeantes, un petit repos ne peut qu'être le bienvenue. Je me baigne dans l'eau assez chaude du Golf et je n'hésite pas à enfouir mes pieds dans le sable d'un blanc étonnant. Je mange mon dîner bien assise dans une chaise de plage... devant l'épicerie, puis campe dans un parc d'état où le voisin m'offre une bière et où les ratons-laveurs font leur réapparition pour la première et unique fois de tout le voyage dans le sud des États-Unis. Ils sont assez affamés pour essayer de grimper à mon maillot de bain pour atteindre la nourriture accrochée à la corde à linge, mais malheureusement pour eux, mon voyage sur la côte ouest a développé mes instincts de chasseuse de ratons-laveurs et ils ne font pas le poids contre moi. Ils devront chercher ailleurs s'ils veulent de la nourriture, la mienne est bien gardée.

Tellement contente de voir du sable,
que même s'il est dans mes jambes, ça me dérange pas!

Yeah! Du sable! De l'eau! 
Encore yeah! Plus de sable! Plus d'eau! Et des vagues en plus! :)

8e état depuis mon départ de San Diego

J'ai bien attendu un moment au cas où un alligator se pointerait
le bout des dents, mais toujours aucun alligator en vue, que des tortues

Déjà en Alabama!

Aujourd'hui est une journée assez chargée qui commence par mon arrivée en Alabama et un arrêt dans une petite boutique pour goûter à leurs excellentes tartelettes aux pacanes. Je ne peux m'empêcher d'avoir une pensée pour Bubba, le crevettier dans Forrest Gump, lors de mon passage à Bayou La Batre. D'ailleurs, à quelques reprises pendant mon voyage, les gens m'ont comparée à Forrest Gump: pédaler pour pédaler, jusqu'à temps que j'en aie assez. Je dois avouer que j'ai trouvé la comparaison assez comique!

 Je vois quelques bateaux et c'est avec grand plaisir que je commence à voir de l'eau ici et là. Faut dire que c'est pas ce qui coure les rues dans le Sud-Ouest des États-Unis! Une mince bande de terre, puis un pont me mènent jusqu'à Dauphin Island. Je suis impressionnée une fois de plus par ce premier contact avec les maisons en bordure de mer, d'une architecture bien différente. Je profite de la demi heure passée sur le traversier pour me reposer avant de me diriger vers le camping. Je le cherche un peu, mais arrive finalement presqu'à la tombée de la nuit, en même temps que les moustiques.


La ville de Bubba, le crevettier

À la recherche du bateau de Bubba

En direction de Dauphin Island

C'est ce qu'on appelle un pont!

Maisons sur pilotis


Tout le monde à son poste!


D'un état à l'autre, le moment change...


Camping sous le pont...

...et près de l'eau





Au Mississippi, il y a de la pluie!

              Pour la première fois du voyage, je roule sous la pluie pendant une bonne partie de la journée, mais comme il fait assez chaud, je n'hésite pas à continuer. Ça me fait penser au livre qu'une amie écrivaine, Ann Pelo, m'a donné récemment -"The Goodness of Rain"- et ça me fait apprécier encore plus cette pluie finalement bien agréable.

             Les routes sont souvent mal indiquées et pour une première fois également, je me trompe de route. C'est mon passage sur un chemin de gravel qui m'a réellement fait douter de mon itinéraire, mais j'arrive heureusement à une des rares intersections visibles sur ma carte et je retrouve ainsi le bon chemin sans devoir revenir sur mes pas. Je semble même avoir sauvé quelques km.

            Je m'arrête dans un village pour faire le plein de nourriture pour le souper et la journée du lendemain, mais une surprise m'attend à ma sortie: c'est le déluge! Il est impensable de faire la trentaine de km toujours prévus au programme dans ces conditions... Je m'informe des options, mais il y a ni hôtel ni môtel au village, peut-être seulement la caserne de pompiers qui pourrait m'offrir un refuge pour la nuit. Avant de pouvoir m'y rendre, quelqu'un m'offre un endroit où dormir: une pièce qui est inoccupée pendant la soirée et la nuit. 

          J'y jette un coup d'oeil et ça me convient parfaitement, en tout cas c'est beaucoup plus sec qu'à l'extérieur. Je m'y installe pour la nuit en gardant tout de même l'oreille attentive étant donné que seul mon bon samaritain est au courant de ma présence dans cette salle (à l'exception de ma famille qui en avait été avisée) et possède la clé de cette pièce. Je me réveille en sursaut au milieu de la nuit au son d'un bruit inquiétant qui m'est totalement inconnu... Ouf, c'est seulement mon cellulaire! Mais pourquoi sonner ainsi au milieu de la nuit? Une alerte météo de pluie importante et de risque d'inondations subites. Comme je me recouche en essayant d'oublier ce mauvais réveil, un autre bruit sourd me fait sursauter. Cette fois, je me lève, quelque chose est tombé juste derrière ma tête! Ce n'était rien de moins qu'une partie du plâtre du plafond, emporté par la pluie qui s'était infiltrée d'une manière ou d'une autre, sous le toit. Heureusement que j'avais déplacé mon sac de couchage plus tôt en soirée à la vue du plafond cerné, sinon ça serait tombé directement sur moi!

             Mon passage au Mississippi aura finalement été un peu plus mouvementé que prévu!

Attention Mississippi, me voici!

          Quelques temps après la traversée du fleuve Mississippi, je rencontre un groupe de gens bien inspirants: quatre hommes, dont un fils et son père de 77 ans qui en est à sa troisième traversée des USA à vélo. Après le nord et le centre des États-Unis, il suit maintenant la route du sud dans un forme impressionnante. Ils pédalent pour ramasser des fonds pour la sclérose latérale amyotrophique, une maladie dégénérative qui a d'ailleurs emporté ma grand-mère il y a déjà près de 10 ans. 

            C'est finalement avec Kaïn et les Cowboys Fringants dans les oreilles que j'arrive dans l'État du Mississippi.

Le très grand et très long fleuve Mississippi

77 ans et toujours dans la course!

Deux de ses compagnons

Mon 6e État depuis mon départ de l'océan Pacifique

La Nouvelle-Orléans!!!

           À mon arrivée à New Roads, j'ai la suprise de voir qu'on me laisse camper gratuitement au camping du village. Le plan de match des prochains jours est un peu différent: j'abandonne mon vélo pour 24h afin de pouvoir aller visiter rapidement la Nouvelle-Orléan, sans avoir l'inquiétude de devoir surveiller mon matériel.

Le cimetière de New Roads, construit en surface
puisque les sols sont souvent sous le niveau de la mer

              Une chambre en rabais sur internet fait très bien l'affaire et sa proximité aux sites touristiques me permet d'accéder facilement au Garden District et au Quartier Français.

 
Un bâtiment de la Nouvelle-Orléan

Taxi

Maison du Garden District

Garden District

En voià un qui a su laisser sa trace!

Garden District
              Je passe la soirée dans le Quartier Français où je découvre Burbon Street et sa vie animée, la rue Frenchmen et ses petits bijoux de jazz, le Mississippi et même le Café du Monde et ses beignets bien connus des touristes. Je goûte à quelques spécialités louisianaises et à défaut d'en avoir vu un, je mange de l'alligator. Puis, ironiquement, je succombe à l'activité touristique ultime: me faire promener dans le Quartier Français dans une petite carriole tirée par un vélo!


Le Quartier Français et Burbon Street

Le Quartier Français et Burbon Street 
Un bâtiment du Quartier Français

Là, c'est vrai que ça sent l'alligator!

Le Mississippi


Rencontre avec la Lousiane

           Mon moment fort de la journée: mon passage par le Chicot State Park. Au dire des pêcheurs avec qui j'ai discuté brièvement, j'y ai manqué un alligator d'à peine une demi heure. Dommage, je serais bien contente d'en voir un, pour autant que ce ne soit pas de trop près! Le mélange d'eau et de forêt m'impressionne et j'ai la chance de me faire offrir par un groupe mon premier repas de nourriture lousianaise: de la Jambalaya (prononcée davantage comme "jumbalaya"). Un vrai délice, je dois absolument ajouter cette recette à mon livre de cuisine!

           Un peu plus loin, après avoir évité plusieurs chiens qui se sont amusés à me chasser, parfois même à plusieurs, j'ai la chance de voir une de ces anciennes maisons des plantations de coton du temps de l'esclavage. Un symbole, associé à une période importante de l'histoire américaine, qui m'impressionna beaucoup. 

Je n'ai fait que passer, mais voilà une ville qui semble bien porter son nom...

Ça commence à sentir l'alligator!

Sortie de pêche en famille

La fameuse "Spanish Moss" qu'on voit suspendue à bien des arbres.

Une tortue!

Contrastes...

Chemin de campagne paisible

Maison de plantation de coton

Pour les plus curieux

jeudi 14 août 2014

Au revoir Texas!



            Le moment est déjà venu de quitter le Texas et je dois avouer que ça me rend un peu triste, j’ai beaucoup aimé cet état. L’approche de la Louisiane a de quoi me garder motivée et c’est après quelques derniers miles plutôt désagréables sur la grand-route que je traverse finalement la frontière de cet état à la culture cajun et à ses bayous bien connus. Dès les premiers coups de pédales, tout est différent : c’est plat, c’est droit, c’est vert et l’eau est boueuse et stagnante presque à tout coup. Ce soir, ça sera un resto mexicain pour faire changement des bagels au fromage à la crème ou au beurre d’arachide, parfait pour souligner 2000 miles depuis mon départ de San Diego.


2000 miles ( environ 3200 km)

Deux sympathiques cyclistes allant à sens inverse


Élévation approximative: 0  ;  Déviation de trajectoire: 0

Voici la teinte habituelle de l'eau dans cette partie du pays!